Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

« Effacez-moi ces tags que je ne saurais voir »

Au lendemain de la mobilisation massive du 5 décembre, des équipes sont envoyées à la première heure pour faire disparaître les traces de la lutte. Quand la République se débarbouille...
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Jeudi 5 décembre, près d’un million de personnes se sont mobilisées à travers la France pour s’opposer à la réforme des retraites et exprimer leur colère face au gouvernement Macron.  À Paris, on comptait entre 65.000 manifestants selon la police et 250.000 selon les syndicats. Six mille agents des forces de l’ordre étaient déployés pour l’occasion. Globalement, les évènements se sont déroulés dans une atmosphère pacifique malgré quelques affrontements sur la place de la République. 

Ce vendredi matin, nous nous rendons sur les lieux. Le passage des manifestants y est encore palpable : des tracts recouvrent le sol de la place et la statue centrale est habillée de drapeaux, pancartes et graffitis.

Le Monument à la République, dit aussi Statue de la République, est une œuvre des frères Léopold et Charles Morice, inaugurée en 1883 sur la place de la République. Avec une flamme (la liberté), une équerre à niveau (l’égalité) et des enfants lisant à ses pieds (la fraternité), elle représente à elle seule la devise républicaine. Autour de son piédestal, douze hauts-reliefs de bronze retracent les événements marquants de l’histoire de la République française.

Depuis 6 heures du matin, une équipe de la Mairie de Paris est présente pour nettoyer le monument. Ils enchaîneront ensuite jusqu’à la place de la Nation. Depuis Nuit Debout jusqu’aux “gilets jaunes”, en passant par la loi Travail, ils sont envoyés à chaque lendemain-de-veille* pour effacer les graffitis.

La technique utilisée à cet effet conjugue trois principes : l’hydro-gommage, l’aéro-gommage et le sablage. L’action combinée de ces trois éléments, avec une pression adéquate, permet de nettoyer des surfaces recouvertes de tags sans pour autant endommager la pierre du monument ou bâtiment en question.

Il y a exactement un an, cette même équipe est chargée de nettoyer l’Arc de Triomphe, pris le samedi 1er décembre 2018 lors de l’Acte IV du mouvement des “gilets jaunes”. Le chef de chantier se souvient bien de cette journée si particulière :

« J’avais Emmanuel Macron, Christophe Castaner et Anne Hidalgo en face de moi. L’atmosphère était tendue. Ils sont arrivés le dimanche à la première heure, ils m’ont montré l’Arc de Triomphe et m’ont demandé si je me sentais capable de le nettoyer dans la journée. Toutes les heures je devais envoyer des photos à Hidalgo pour qu’elle voit l’avancement des travaux. »

Avec une équipe de six employés et après 7 heures de nettoyage, l’Arc de Triomphe redevient propre. Si la photo « Les gilets jaunes triompheront » a fait le tour des réseaux, d’autres messages n’ont pas été exhibés par la presse et les chaînes de télévision. Nous nous sommes procurés quelques clichés supplémentaires.

« De toute façon on devra sûrement repasser la semaine prochaine ! » lance un des employés en nous montrant un tag appelant au rassemblement le 13 décembre. 

La République ne perd pas de temps pour défendre ses symboles. Nous nous demandons si un jour, les événements actuels seront, eux aussi, relatés sur un haut-relief de bronze plutôt qu’à la bombe de peinture. 

* un lendemain-de-veille est une expression typiquement belge exprimant un lendemain de soirée bien arrosée

Crédits


Reportage co-réalisé avec Margot Meyer

Histoire du Monument à la République : Paris Zigzag et Histoires de Paris

Partager l'article

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email

Laisser un commentaire