Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Démission collective des chefs de service hospitaliers, un « acte ultime » pour dénoncer le manque de moyens

Près de 1200 médecins hospitaliers dont 600 chefs de service ont annoncé leur démission administrative ce mardi 14 janvier. Tant que le gouvernement n'apportera pas de réponse forte à la crise des hôpitaux publics, ils ne participeront plus aux réunions, ne rempliront plus les plannings, n'encadreront plus les médecins et n'assureront plus le lien avec les familles ni avec l'administration...
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

« En venant jusqu’ici, j’ai eu la sensation de me rendre à un enterrement. Devenir cheffe de service à été un honneur pour moi mais aujourd’hui je suis contrainte de faire une croix dessus. Nous ne sommes plus en mesure d’assurer notre mission. Nous ne pouvons plus continuer. »

C’est sur ces mots que la Professeure Agnès Hartemann, directrice du service de diabétologie à l’hôpital Pitié-Salpêtrière, débute son allocution ce mardi 14 janvier devant une horde de journalistes.

« J’ai mené une véritable bataille pour garantir la survie de mon service. Jusqu’en 2017, je la gagnais cette bataille… et puis j’ai commencé à la perdre. Nous sommes devenus des gestionnaires de pénurie, notre personnel déserte, les médecins, les infirmières, les aides-soignantes… tous démissionnent en silence, la mort dans l’âme. Aujourd’hui nous décidons de briser ce silence. »

C’est dans une petite salle de la faculté de médecine à l’hôpital Pitié-Salpêtrière, que le Collectif Inter-Hôpitaux, qui regroupe le personnel de tous les établissements de l’AP-HP (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris), a convoqué les médias pour une conférence de presse au ton particulièrement grave.

Après le témoignage poignant de plusieurs chefs de service hospitaliers, venus de toute la France pour l’événement, le Professeur André Grimaldi, diabétologue émérite et fervent défenseur du service public de santé, lâche l’annonce :

« Sur tout le territoire français, près de 1200 chefs de service et responsables d’unité présentent aujourd’hui leur démission administrative. La balle est maintenant dans le camp de la ministre de la Santé Agnès Buzyn, à qui nous demandons l’ouverture de vraies négociations pour augmenter les moyens de l’hôpital public ».

Avec ce geste politique fort et d’une ampleur inédite, les démissionnaires espèrent alerter l’opinion publique pour, in fine, obtenir une réponse de la ministre en poste. Selon eux, cette dernière « fait la sourde oreille depuis trop longtemps et ne montre aucun courage pour venir en aide aux hôpitaux publics ». Ils lui demandent en effet de « relever la tête et de ne plus céder aux injonctions de Bercy (le Ministère de l’Économie et des Finances) avec cette politique d’austérité aux conséquences dramatiques ».

Sur le plan économique, les chiffres parlent d’eux-même : depuis dix ans il y a eu 8,5 milliards d’euros d’économie dans les hôpitaux publics français, 800 millions par an. Quant aux effectifs, ils n’ont augmenté que de 2% face à une croissance de l’activité de 15%, tous services confondus. Cette pression budgétaire se répercute sur les conditions de travail qui deviennent intenables et causent une véritable désertion des soignants qui se tournent massivement vers le privé. Des milliers de postes sont aujourd’hui vacants, des lits sont donc supprimés, des services sont fermés (pour plus de détails, voir l’article « Nous assistons à la mort de l’hôpital public »).

Quelles seront les conséquences immédiates de cette vague de démissions ?

Les démissionnaires assurent que l’objectif n’est pas et n’a jamais été de prendre les patients en otage, c’est pourquoi ils continueront d’assurer leurs tâches de soin mais arrêteront définitivement de remplir leur fonction administratives à savoir :

  • Aucune participation aux réunions institutionnelles ;
  • Aucun encodage de la tarification de l’activité (cliquer ici pour comprendre la T2A)
  • Aucune participation avec les instances régionales (si il n’y a pas de conséquences directes pour les malades ou leur famille)
  • Le chef de service ne jouera plus le rôle de régulateur ou de modérateur entre l’équipe et l’administration ;
  • Il ne s’occupera plus de la gestion des plannings, des congés, des absences ;
  • Les patients et leur famille devront s’adresser directement à l’administration pour toute question, remarque ou réclamation ;
  • L’administration n’aura plus d’interlocuteur direct au sein des hôpitaux ;
  • Le chef de service ne participera plus à la rédaction des rapports et des projets ;
  • Chaque médecin sera donc responsable individuellement de ses actes.

En concertation avec leurs équipes, ils proposent désormais une gestion collective des principales décisions et assurent qu’ils continueront d’assurer la formation théorique des jeunes. Ils défendront collectivement les postes nécessaires pour assurer la qualité des soins et poursuivront également leurs activités de recherche clinique et fondamentale.

Avec ce coup de force, le personnel hospitalier entre dans une nouvelle phase de contestation dont les conséquences sur le long terme sont difficiles à appréhender. Comment survivront les hôpitaux sans l’encadrement de leurs chefs de service ? Comment travaillera le personnel et quelles seront les retombées pour les patients ? Interrogé sur ce point, le Professeur André Grimaldi, figure forte du Collectif Inter-Hôpitaux, se montre pessimiste :

« À partir d’aujourd’hui il n’y aura plus de chefs de service, maintenant on verra comment le gouvernement gèrera la situation. S’il veut accélérer le mouvement vers la privatisation, il faudra rendre des comptes à l’opinion publique. Aujourd’hui, que souhaitent vraiment les français ? Veulent-ils donner plus de moyens au service public où préfèrent-ils la privatisation de la santé ? Cela n’est plus de notre ressort… »

« Nous ne pouvons plus continuer », tel est le message porté par les démissionnaires aujourd’hui. Ils attendent désormais une réponse de la part de l’exécutif. « Il serait inimaginable que la ministre ne réagisse pas » conclut le Professeur Grimaldi.

Partager l'article

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email

Cet article a 1 commentaire

  1. Sebastien Dechamps

    Merci. J’aime bien parce que c’est assez court, mais en même temps bien documenté et précis. Il y a une dimension pédagogique. Bravo et vivement la suite ( … et la réaction du ministre …).

    Sinon, petit bémol : une « horde » de journalistes, ce n’est pas très flatteur pour votre profession.
    Larousse : « HORDE : Troupe sauvage causant des dommages par sa violence : Des hordes d’envahisseurs barbares.
    Troupe d’animaux sauvages : Des hordes de loups affamés.
    Troupe nombreuse, indisciplinée et plus ou moins violente de personnes quelconques. »

    Alors, plutôt « une foule », « une salle bondée », « une centaine » ?

Laisser un commentaire